Notes sur la calomnie

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« Mains distraites, porteuses de clés, manieuses de bagues, mains expertes aux bonnes pesées qui font jouer les pierres tombales, déplacent le chaton qui rend invisible, — je devins ce fantomatique voleur de momies lorsque, une brise légère soufflant de la mer et le bruit de la marée montante devenu soudain plus perceptible, le soleil enfin disparut derrière les brumes en cette après-midi du 8 octobre 19… »
Julien Gracq, Un Beau ténébreux

9 mars 2018, Paris — C’est une drôle de chose, la calomnie. Elle prend par surprise le plus souvent, comme une pluie d’octobre. Quelqu’un nous choisit dans une foule, nous désigne du doigt, nous et pas un autre, et nous appelle par un nom qui n’est pas le nôtre. Confondu avec un salaud et dénudé de force par un inconnu, on doit prendre sur soi un fardeau qui ne nous appartient pas et revêtir un vêtement que l’on n’a pas choisi. On l’endosse alors comme une robe de pénitent ou une tenue de bagnard. Je pense aux chemises couleur de flamant rose, tirant sur la pâleur des dragées, qu’on donne aux prisonniers rwandais. Moitié déclassement, moitié dérision.

Dans le rôle qu’on est enjoint d’endosser, il y a quelque chose qui est à la fois grotesque et infamant, quelque chose de la réputation vénéneuse d’un enfant criminel. On se retrouve soudain vêtu d’un accoutrement dégradant, au milieu des nôtres, impuissant et bête, protestant de notre innocence malgré toutes les apparences de la culpabilité. J’ai cauchemardé quelquefois ce genre d’épreuves : être pris pour un autre, vouloir courir mais sentir ses jambes mortes, penser un geste et faire le contraire. Mais au fond, je ne l’avais jamais vécu : mes précédentes rencontres avec la calomnie, la diffamation ou l’injure n’avaient pas été beaucoup plus loin que la fréquentation malencontreuse d’un menteur ou deux. Mais c’est une singulière et pénible expérience, de subir une violente injustice dans l’extrême isolement. Pour autant, pour quelqu’un comme moi qui aime autant la solitude, au fond de qui patiente depuis toujours un monastère, c’est aussi une très utile leçon de morale pratique.

Ces jours derniers, je l’ai donc connue en première personne, la calomnie. Une grêle d’âneries, d’insinuations et de mensonges, bien compacte, bien en ligne, bien régulière. Mais je me suis efforcé de demeurer ce chimiste qui lâcherait une goutte très active dans une solution, l’oeil collé au microscope. Faute d’être intéressé par les calomniateurs, je me suis observé moi-même, j’ai été attentif à ses effets. Oui, je dois dire que c’est intéressant.

D’abord, c’est l’accablement qui prédomine. Passion triste, bien sûr, mais qui a une vertu dépurative. Car dans le précipité qu’une goutte de calomnie lâchée dans le bain où l’on trempe fait retomber au fond du tube à essai, se retrouve un curieux dépôt : un mélange d’imbéciles heureux et de cervelles bien faites. Le premier sentiment est donc triste et confus, entre je ne comprends pas et ils ne m’auront pas. On tente alors de distinguer qui a été embarqué dans ce tanin qui s’est séparé de notre solution de tous les jours. Et cet attelage improbable, absolument pas prévisible, n’est en fin de compte pas si surprenant. Pour ma part, j’ai vu partir dans le fond du bocal, dans le tourbillon des toxines, des gens pour qui j’avais de l’affection, mais qui finalement se méfiaient de moi depuis toujours. Ou bien qui se retenaient de me détester. Ou pire : qui me désapprouvaient en silence, mais qui m’accordaient les faveurs de leur magnanimité. Mais tous portaient un poids. Je suis heureux qu’ils soient enfin délivrés. Que notre amitié se termine là, sur ce geste de délivrance, dans cette grande pétarade qui a éclaté autour de moi. A eux le grand air, à moi la fin des amours incertaines.

C’est donc, ensuite, un grand rire qui est venu. Celui des évadés de prison qui réussissent leur coup, j’en suis sûr. Dans le métro, exilé anonyme parmi les miens, je me suis senti plus fort, plus aérien, plus amusé aussi. J’ai enfin retrouvé le « vent de dégel » et le « temps d’avril » du Gai Savoir, la fraîcheur d’esprit de ceux qui se sont fait expulser d’une compagnie désagréable et qui s’éloignent, avec leurs souvenirs, les mains dans les poches et le sourire aux lèvres. Un fond de rumination encore, une pointe dans le cœur qui continue de piquer bien sûr, mais une tête relevée, peuplée d’une discrète fierté d’être soi et de visions burlesques. Quelles bouffées euphoriques ! Quels incroyables secrets ! Quelle hilarante danse de squelettes m’a-t-on animé devant les yeux ! La farandole des pitres a compté pas mal de recrues, avec quelques nouvelles têtes, parfois tenant un rôle surprenant, souvent à contre-emploi.

Autour de moi, des mains se sont posées sur mon épaule, aussi, parfois sans un mot. Des mains inoubliables.

Et puis, face à la calomnie, il y a les silencieux, les accablés, les terrés dans la tranchée qui attendent la fin du tir de barrage de l’artillerie des calomniateurs. Les obus soulèvent la terre tout autour, pètent considérablement dans les entrailles, effondrent une bruine de boue sur les crânes casqués. Ils attendent, les dents serrés, craignant être des lâches, franchement désolés, sûrs ou peu sûrs d’avoir raison de rester. Mais restant. Restant toujours dans les alentours, oubliant qu’en faisant cela, ils font preuve d’un courage peu commun et de cette vertu désuète, si peu dans l’air du temps, si démodée, qu’est la fraternité. Note pour plus tard : à la fin de la bataille, il faudra les décorer.

En fin de compte, la calomnie peut être divine — mais divine comme le peut être un démon, un petit diable féminin et rieur qui serait venu faire le vide, brassant du vent, agitant ses grelots, fouettant l’air vicié pour en chasser les mouches. Je repense à ces décoctions que donnent les guérisseurs de la grande forêt tropicale aux chasseurs mordus par des serpents venimeux. A l’âge de quinze ans, dans la Centrafrique du général Kolingba, j’ai déjà assisté à une telle résurrection. Un homme était revenu au village, le long de la Lobaye, un mamba jaune à la tête écrasée dans une main, son fusil dans l’autre. Mordu à la cheville, en entrant dans la lumière de nos lampes, il avait l’air résigné de ceux qui vont mourir sans avoir trouvé l’issue. Un vieillard lui avait alors fourré dans la bouche une bouillie de feuilles, de glands, de graines, de bile, de je ne sais quoi encore. J’ai vu alors ses hauts-le-coeur, ses spasmes vomitifs et ses yeux jaunes où était encore pendue une vie allant déjà s’effilochant. Je m’étais vite éloigné, pour le laisser mourir avec son médecin de village et deux ou trois amis. Mais je l’avais retrouvé à l’aube, assis sur un tronc, taillant un bout de bois, saluant la compagnie avec la tête basse d’un ivrogne le lendemain d’un de ses célèbres scandales. La vie ordinaire était revenue dans ses yeux.

Me voilà, donc, moi aussi, après une longue nuit de vomissures vaines, lavé, recoiffé, habillé de frais. La calomnie, dont j’entends encore les rots ici et là, est passée sur moi comme un venin de mamba jaune, comme une pluie d’artillerie mal réglée, comme un procès de place de marché mené par des bouffons qui, voulant me condamner depuis la baraque à frites de leur tribunal, m’auraient acquitté sans même s’en rendre compte. Je découvre autour de moi les places vides de ceux qui ont eu la preuve libératrice, orgasmique, de mon immoralité, de ceux qui, au premier coup de feu, ont fui vers l’arrière en jetant leur fusil, mais aussi des « épileurs de chenille » comme les appelait René Char qui, croyant avoir affaire à un désaccord, se sont mis à discutailler des points de détail.

Et à mes côtés, encore, malgré quinze jours de calomnie, d’étonnants inconnus, de vieux oubliés, ceux du même sang que moi, tous mes frères et toutes mes sœurs, dans l’air froid du matin, dans un silence de symphonie à peine terminée.

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La raison d’être

6 mai 2011, Paris. Et puis j’ai décidé de revenir… L’agitation du quotidien m’avait contraint à m’éloigner aussi d’Asmara-sur-Seine, avec pas mal de culpabilité, c’est vrai. Mais comme il est désormais acquis que « Les Erythréens », dont la rédaction a été laborieusement terminée cet hiver, paraîtront en janvier 2012 sous le label d’une belle maison parisienne, je me dit que ce lavoir collectif, cette margelle, ce blog discret, caché dans le brouillard d’Internet, cercle intime qui n’a aucune ambition particulière, retrouve une raison d’être. Je vais m’efforcer de reprendre ici le journal de sa publication.

Si j’ai raison et que je suis juste, vous viendrez.

Déménagement

3 décembre 2009, Paris. Grâce à l’amitié de Jean-Paul Mari, grand reporter au Nouvel Observateur, le « Journal des Erythréens » déménage vers l’excellent site qu’il anime depuis plusieurs années, grands-reporters.com. De carnet de bord de l’écriture d’un essai, le blog évolue vers une chronique de l’actualité de l’Erythrée, le seul de son genre dans le monde francophone. Merci à tous ceux qui sont venus ici. Retrouvons-nous là-bas.

Cliquez ici pour accéder à « Asmara-sur-Seine, l’Erythrée vue de Paris »

Un cas d’école

24 novembre 2009, Paris. L’Erythrée pose actuellement au monde un problème de géostratégie d’école. Les manigances du gouvernement d’Asmara avec les « mad mollah » de Téhéran, notamment, agitent toutes sortes de spéculations depuis plusieurs mois, dont je suis étonné de trouver si peu de traces dans la presse. Posons les faits.

Isolé depuis plusieurs années, le régime érythréen s’est appuyé, pour sa survie, sur plusieurs alliés dont les intérêts convergent avec les siens. La Chine, d’abord, qui ne manque aucune occasion de planter un petit drapeau rouge sur le continent africain et qui a formé le président Issaias Afeworki, au temps de la révolution culturelle. Le Qatar, ensuite, soucieux d’être le point d’équilibre entre le jihadisme armé et la realpolitik occidentale, qui a bien perçu dans le pouvoir de nuisance d’Asmara autour de la mer Rouge et en Afrique orientale tout l’intérêt de lui conserver son amitié et de lui accorder ses pétrodollars. L’Italie, ancienne puissance coloniale, où quelques hommes d’affaires cupides proches de la Ligue du Nord et leurs alliés au gouvernement protègent le pouvoir érythréen de toute sanction européenne, sous le prétexte de lutter contre l’immigration clandestine. L’Iran, enfin.

Rencontres bilatérales, échanges ministériels, déclarations publiques d’amitié, contrats commerciaux portant sur les télécommunications et le développement… Les deux gouvernements n’ont pas ménagé leurs efforts ces dix-huit derniers mois pour montrer au monde qu’ils ne sont pas si isolés qu’on le dit et que leur pouvoir d’influence respectif s’étend bien au-delà de leur sphère géographique naturelle. Pour les Iraniens, le prix de cet échange est la réhabilitation, à ses frais, de la raffinerie d’Assab, un port industriel situé à une quarantaine de kilomètres au nord de Djibouti, sur les rives du Bab-el-Mandeb, un goulet d’étranglement naturel qui marque la frontière entre la mer Rouge et le golfe d’Aden. Or, les contrats commerciaux stratégiques passés par l’Iran avec des pays étrangers sont honorés par une branche des Gardiens de la révolution comprenant des ingénieurs et des spécialistes du génie militaire.

On comprend dès lors que la présence de pasdarans iraniens sur les rives du point de passage des supertankers transitant entre l’océan Indien et le canal de Suez a de quoi donner quelques sueurs froides à une communauté internationale déjà aux prises avec Téhéran sur la question nucléaire. L’Iran perturbant déjà le détroit d’Ormuz par où transite le pétrole du Chatt-el-Arab irakien et du Koweit, une présence iranienne à l’ouest de la péninsule arabique fait de Mahmoud Ahmadinejad le Cerbère du pétrole moyen-oriental. Et offre un appui logistique inédit pour un pays sous pression, qui a besoin de nouvelles leviers pour tenir l’Occident et l’ONU à distance. Un premier bras de fer silencieux a eu lieu début novembre, après qu’un bateau iranien chargé d’armes à destination des insurgés chiites du Yémen et en provenance d’Erythrée a été intercepté sur un plage proche de Medi, non loin du bastion rebelle d’Al-Houthis. Le quotidien yéménite indépendant Al-Ahali, citant des sources sécuritaires yéménites, a même affirmé que les rebelles chiites du nord-ouest étaient entraînés par les Pasdarans sur le sol érythréen. Malgré les démentis de circonstance, l’ambassadeur d’Asmara à Sanaa a été convoqué et sermonné.

Alors qu’une résolution décidant de lourdes sanctions contre l’Erythrée est en cours d’examen au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, en raison de son rôle dans l’armement et le financement des taliban noirs de Somalie, l’Erythrée ne peut manquer d’être perçue comme une pièce maîtresse du « Grand jeu » que se livrent les puissances régionales et internationales dans la Corne de l’Afrique. C’est du reste, de l’aveu même de diplomates occidentaux, en raison de cette peur du pouvoir de nuisance d’Issaias Afeworki et son clan que les grandes puissances ont tant hésité à concéder à l’Ouganda, qui perd régulièrement des Casques verts dans la sale guerre de Mogadiscio, le droit de rédiger la résolution imposant un quasi embargo sur l’Erythrée. Mais enfin, le texte devrait être soumis au vote en décembre et représenterait, en raison de l’interdiction de voyager qui serait imposé au leadership érythréen, une avancée majeure dans la déstabilisation du régime. Son apport en devises est en effet essentiellement alimenté par la « taxe » obligatoire que verse la diaspora au gouvernement, sous peine de représailles envers les familles restées au pays.

C’est dans ce contexte que la « disparition » mystérieuse du ministre érythréen de la Défense, Sebhat Ephrem, du 11 au 17 novembre, en compagnie d’un cartographe et d’un opérateur radio, est interprété par certains comme la preuve que la coopération militaire, dans cette région du monde, prend des formes de plus en plus clandestines. Et de plus en plus dangereuses pour nombre de pays, et pas seulement africains.

Combat solitaire

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22 octobre 2009, Paris. Je reprends de force le fil de ce blog et de mon essai après des mois de distraction et d’obligations et, entre-temps, l’Erythrée a commencé à changer de visage. Plusieurs amis journalistes m’ont appelé pour connaître mon sentiment, d’autres veulent enfin couvrir la situation dans le pays sans rien y connaître, d’autres encore reviennent après m’avoir poliment écouté, il y a de cela des semaines, finalement convaincus que quelque chose se trame sur les bords de la mer Rouge. Et moi, je réponds méthodiquement, en me répétant, alors même que je sens que leur curiosité et les moyens dont ils disposent fait filer mon livre entre mes doigts. Mais enfin, je réponds.

Des graffitis, dit-on, ont fait leur apparition sur les murs d’Asmara. « Issaias kidnappeur », « Issaias assassin » : ce qui aurait été inimaginable cet hiver encore est devenu une réalité. Des réfugiés retour du pays m’en avaient déjà parlé, au printemps, en Sicile. Des ministres expriment leur lassitude en privé. Des militaires de haut rang font défection à l’étranger. Un groupe clandestin extrêmement bien organisé, sans doute des officiers et quelques fonctionnaires, ont tenté d’assassiner le président cet été, après avoir volé son ordinateur portable dans son bureau. La présidence n’est plus inviolable. Des discussions avancées au sein du Conseil de sécurité de l’ONU évoquent des sanctions individuelles, après des semaines d’obstruction de quelques grands pays qui n’étaient convaincus par rien d’autre que l’utilité de leur indifférence. Je me suis du reste affronté verbalement, l’autre jour, à un fonctionnaire du ministère de la Défense qui s’obstinait à me soutenir qu’Issaias ne pensait pas ce qu’il dit, qu’il rêvait encore d’être ce grand Négus régnant sur l’Ethiopie et l’Erythrée que Meles Zenawi l’aurait empêché de devenir en 1991 et qu’il était protégé par son pouvoir de nuisance. Erreur d’analyse paralysante sur lequel le garçon semble revenir.

Je reviens, au fond, pour dire que le régime d’Issaias montre enfin de la faiblesse. Une fois de plus, les Erythréens libres auront mené leur combat seuls, oubliés de tous, comme ces desperados en sandales de l’ELF et l’EPLF qui ont écrit leur légende en souffrant mille morts.

Dans l’absence

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10 juin 2009, Paris. La vie ordinaire, les contraintes du travail quotidien et de l’argent, mon inaptitude à la discipline aussi, m’ont tenu éloigné de mes « Erythréens » depuis quelques semaines. Ils se tiennent à distance, dans l’ombre, comme ces deuils qui ne se font pas et qui peuplent de fantômes les coins obscurs de la chambre vide. Le ciel de Paris est triste et menaçant comme cette absence.

Maoïste et psychédélique

TV4 1

29 mai 2009, Paris. Issaias Afeworki a ouvert le mois dernier les portes du palais présidentiel d’Asmara à la presse étrangère pour de grands entretiens. En chemise de coton et sandales, devant le jardin de palmiers et de fleurs de l’ancien palais du gouverneur impérial, où pourtant il ne siège jamais, privilégiant la réclusion du port désert de Massaoua d’où il est plus facile de fuir, il se dévoile. Je regardais l’interview qu’il a accordée à la chaîne suédoise TV4 hier et les quelques doutes que j’entretenais encore sur le personnage se sont écroulés, comme si nous étions définitivement devenus des adversaires. Sur le coup, je n’ai presque rien ressenti, à part une terrible lassitude devant cette langue de bois maoïste qu’il utilise dès qu’il parle d’économie. Et puis, avec le recul, je mesure l’ampleur du psychédélisme de sa pensée.

Pour lui, le système économique érythréen est « meilleur que celui de Suède », dont le gouvernement du reste n’est qu’une « marionnette des Etats-Unis, de ses agences de renseignements et des groupes d’intérêts spéciaux ». La Suède est d’ailleurs un pays avec qui il « ne voit pas l’intérêt d’avoir des relations diplomatiques ». Quant aux prisonniers politiques érythréens, dont le journaliste érythréo-suédois Dawit Isaac, ils « ne seront jamais jugés » et Issaias se « fout même de savoir où ils sont », confiant au moins dans le fait qu’ils sont traités « à notre manière ».

Malgré le malaise grandissant de son interlocuteur suédois, Issaias nous fait entrer dans son monde. Sa bouche est dure, ses yeux froids. Ses éclats de rire sont ambigus. Il y a quelques semaines, je me posais la question de savoir s’il était fou ou, plus simplement, malade. Mais non. Il est certain d’être dans le vrai, contre tous. Issaias est convaincu, au-delà de la raison.