Notre citoyen d’honneur

Seyoum Tsehaye dans le maquis, à l'époque de la guerre d'indépendance.

Seyoum Tsehaye dans le maquis, à l’époque de la guerre d’indépendance.

17 septembre 2015, Paris — On me demande souvent ce que l’on pourrait faire pour l’Erythrée. Je réponds toujours que je ne suis pas un homme politique, que du reste nos gouvernements cachent aux citoyens l’essentiel des informations dont ils disposent pour fonder leurs décisions de politique étrangère, qu’il faut respecter le peuple érythréen, et d’autres choses similaires qui disent bien que je n’ai pas la prétention de savoir répondre à cette question avec certitude. Soit.

Mais alors que demain, 18 septembre, marquera le début de la quinzième année de la disparition des réformistes du G15 et de plus d’une dizaine de journalistes et d’intellectuels d’Asmara, je voudrais donner deux idées à ceux qui se posent encore la question.

D’abord, à mes confrères journalistes. On peut, à l’occasion du 18 septembre, aller à la rencontre des survivants, des parents et des acteurs du désastre de 2001, ne pas se contenter des poncifs, des slogans faciles et des copier-coller auxquels la presse française nous a habitué depuis un an. Pour ma part, j’ai téléphoné à Hanna Petros, la fille du célèbre Petros Solomon, le héros de la guérilla qui faisait peur à Issayas, lequel décidément a eu très peur toute sa vie… On retrouvera ses mots pénétrants et ses larmes demain matin sur l’antenne de RFI.

Appel à Anne Hidalgo

La Mairie de Paris pourrait, de son côté, faire un geste simple et fort : proclamer citoyen d’honneur le grand Seyoum Tsehaye. Francophone formé au Lycée français d’Addis-Abéba, professeur de français et lecteur de notre littérature, immense photographe durant les années de maquis, documentariste d’exception ayant fixé sur pellicule la geste folle des rebelles érythréens, il a été embarqué le 23 septembre 2001 à l’aube, bouclé en cellule avec les autres, brutalisé à perpétuité pour avoir soupiré devant les âneries mégalomanes du président Issayas.

Sa fille aînée, Abie, vit avec sa mère Saba et sa petite sœur Beilula, dans un foyer du XVe arrondissement, à quelques rue de l’ambassade d’Erythrée, dont la tenancière est reçue avec des mamours par les élus de la République. Elle a dit que l’un des souvenirs qu’elle conserve de son père était celui de sa grande main tenant la sienne, à travers les barreaux de la prison de Karchelli, à Asmara.

Puis en avril 2002, après qu’ils eurent entamé une grève de la faim, tous ont été embarqués nuitamment vers le camp militaire d’Embatikala, dans les montagnes, en attendant l’achèvement de la construction du bagne d’EiraEiro où, dit-on, Seyoum est l’un des derniers à s’accrocher à sa précieuse vie.

« Qu’est-ce que tu ressens ? »

Un ancien garde raconte d’ailleurs que, parmi ses voisins de cellule encore vivants, se trouverait le vieux Haile « DuruE » Woldetensae, le copain de lycée d’Issayas monté au maquis avec lui. A ses jeunes tourmenteurs — les gardes de la prison qu’il appelle affectueusement « gobezai » (une tournure particulière en Tigrinya que l’on pourrait traduire par « jeune vigoureux ») —, le vieil homme lancerait régulièrement : « Qu’est-ce que tu ressens en voyant que nous sommes en prison ? » Je ne doute pas une seconde que Seyoum réserve à ses geôliers des questions similaires.

Et nous, Parisiens, en sachant que l’on pourrait, en nommant Seyoum Tsehaye citoyen d’honneur de la Ville de Paris, redonner du courage à sa famille, et d’abord à sa femme, plusieurs fois emprisonnée pour avoir demandé des nouvelles de son mari, évadée à pied précipitamment vers l’Egypte sans ses enfants, travaillant désormais sagement dans une cantine scolaire parisienne en s’occupant de ses deux petites filles, qu’elle a fait sortir clandestinement d’Erythrée voilà quelques années, pour ne pas sombrer dans la dépression et, vraiment, tout perdre — que ressentons-nous ? Madame Anne Hidalgo, le faisons-nous ?

Une réflexion sur “Notre citoyen d’honneur

  1. Je viens de relayer votre appel à Amnesty-France, dont je fais partie …mais je ne me fais aucune illusion !
    J’avais déjà relayé votre appel lors de la « Marche pour la Liberté »en Israël…Sans succès !
    Je les ai aussi contacté lors du Tour de France : aucun succès !
    Amnesty ne « surfe » pas sur des évènements populaires, on ne les voit qu’à Avignon ou à Visa ….j’ai donc décidé de QUITTER Amnesty-Snob ! (après leur réponse que je sais d’avance négative ou inexistante-illusions totalement PERDUES)

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