Des réfugiés (et ceux qui les sermonnent)

20 juin 2013, Paris — Ce grand cauchemar, ce long cauchemar de la fuite éperdue hors d’Afrique continue. Lorsque je me suis rendu en Sicile, il y a maintenant quatre ans, nous en étions déjà au même point, déjà au point de rupture de la misère et de la mauvaise gestion. Je l’ai écrit dans mon livre. Les petits caïds rançonnaient les Africains venus ramasser les abricots, pendant que les bourgeois leur tiraient dessus à coups de carabine à plomb. Les Erythréens et les Soudanais se repliaient dans les bois des montagnes de Sicile, puisqu’en ville ils étaient indésirables. Lampedusa sentait le mouroir et l’émeute. De l’autre côté de la Méditerrannée, les hommes de Kadhafi saignaient les évadés d’Afrique aux quatre veines, esclaves dociles, prisonniers utiles, jouets sexuels ou animaux de traque, avant de les envoyer mourir ou se clochardiser chez nous, sur des coques de noix, contre deux mille dollars. Aujourd’hui, les prisons de Misratah et Benghazi sont toujours pleines de fugitifs martyrisés, sans substance et sans amour. Les Egyptiens s’essuient les pieds sur les Erythréens kidnappés par les Bédouins du Sinaï. Les Israéliens travaillent à inventer l’expulsion de masse. Et les Européens déblatèrent n’importe quoi.

Nous, journalistes, écrivains ou humanitaires, nous avons raconté toutes les histoires. Nous avons épuisé notre musette. Il ne reste plus rien. Toutes les horreurs ont déjà eu lieu, les nouvelles épouvantes sont de pâles copies. Des survivants portent plainte contre l’Otan ? Peut-être bien. Nous sommes condamnés à nous répéter. Aujourd’hui, nous sommes passés de la crise humanitaire à la crise statistique. Les réfugiés sont devenus abstraits. Ils sont passés sous la toise de la sociologie et des sciences sociales. C’est fini, ils sont des couvertures d’hebdomadaires, ils n’existent plus. Le show-business les a avalés.

On marque aujourd’hui, paraît-il, la Journée mondiale des réfugiés, en même temps que les Erythréens commémorent la Journée des martyrs. Ces mômes en uniforme tombés pour l’indépendance dans les collines et les déserts de leur pays, les voici maintenant dans les Land Cruiser des trafiquants, les caves des tortionnaires du Maghreb, les bidonvilles d’Occident. Suprême ironie, triste coïncidence. Pendant leur calvaire, ils se font faire la morale par tous, la stupide dictature érythréenne et nos imbéciles heureux d’Occident. Peut-être vaincront-ils une fois de plus, envers et contre tout, contre tout le monde, toutes les prévisions. Ou peut-être ont-ils perdu, définitivement. Je n’en sais rien. Je pense simplement à tous ceux que j’ai croisé ces dernières années. Et pour une journée je hais de tout mon cœur ceux qui les prennent de haut, ici et là-bas, et je leur dis ici qu’ils sont des abrutis sans culture.

Une réflexion sur “Des réfugiés (et ceux qui les sermonnent)

  1. Tout le monde à oublié que l’Italie, c’est l’ancienne puissance coloniale, et que tout ce qui se passe en érythrée, c’est les conséquences de la colonisation Italienne, dont 20 ans de gestion fasciste de 1921 à 1941. L’Italie doit des sous à l’Eryrhrée, comme elle a fait des dédomagements pour la Libye !!!

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