Derrière les listes

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4 février 2013 – Deux semaines après le coup d’éclat de la prise du ministère de l’Information à Asmara, faisons le point. Le désordre règne et, à force de rumeurs et de déclarations irréelles, il est difficile d’y voir clair.

On ignore toujours le sort de l’officier insurgé, le colonel Saleh Osman. Les uns disent qu’il a été arrêté et exécuté. Les autres qu’il est toujours à la tête de son unité, en dissidence, quelque part en province. Des sites de l’opposition arabophones racontent toutes sortes d’histoires invérifiables, et parfois abracadabrantes, sur la rébellion de la troupe érythréenne, qui prendrait de l’ampleur, gagnant les campagnes de l’Ouest et du Sud, avec des réunions d’état-major, des opérations coups de poing, des arrestations. Mes amis me disent que c’est invraisemblable. J’ai l’habitude de leur faire confiance.

A Asmara, les arrestations et les disparitions mystérieuses ont continué. Regroupé autour d’Issayas Afeworki, les durs du régime s’entre-dévorent en silence. Même les représentants de la dictature ont admis qu’Abdella Jaber, le numéro trois du parti unique, et Mustafa Nurhussein, le gouverneur de la région sud, ont été jetés au trou. On imagine qu’ils sont soumis au traitement qu’on réserve, là-bas, à ceux qui sont accusés de trahison, frère d’armes ou pas. D’autres suspects ont été attrapés également, tous musulmans, puisque le gouvernement laisse entendre qu’il a eu affaire à une insurrection islamiste. Une liste circule qui n’a pas beaucoup de sens pour nous, à l’étranger. Les secrets de l’Erythrée se cachent derrière des listes obscures. Un haut responsable de la sécurité d’Etat est mort samedi, quand à lui, dans des circonstances peu claires.

La sécurité est assurée par des rebelles éthiopiens

Malgré les dénégations ridicules des fanatiques, la tension est toujours forte dans le pays. Au point que le président soudanais, Omar el-Béchir a effectué une visite d’urgence à Asmara, samedi dernier, avec son chef des renseignements, pour s’enquérir de la situation réelle de l’ami Issayas Afeworki et sa junte militaire. Ce dernier avait dû annuler à la dernière minute son voyage à Khartoum voici deux semaines, quelques jours après l’opération de Forto. Il est reparti sans rien dire, sans fanfaronner comme les deux hommes en ont pourtant pris l’habitude.

L’information la plus intéressante n’est pas celle-ci, à mon avis. C’est celle-là : Issayas n’ayant apparemment plus confiance dans sa propre armée, la sécurité de la capitale est désormais assumée par des unités rapatriées en catastrophe du Tigrean People’s Democratic Movement (TPDM), un mouvement rebelle éthiopien armé et entraîné par les Erythréens et qui depuis dix ans campe à proximité de la frontière (photo ci-dessus). Ce sont d’ailleurs ses postes avancés, notamment celui de Harena, que visaient les commandos éthiopiens lors de leurs incursions de l’année dernière. Les « Demhit« , comme on les appelle, ont été vus par des témoins autour d’Asmara, selon Radio Erena, mais aussi près de l’Hôpital Orota et à Tiravolo, le quartier des villas. Entre-temps, les chefs de l’armée érythréenne (le ministre « gelé » de la Défense et les cinq généraux qui tiennent le pays) sont toujours invisibles et muets.

La jeunesse de la diaspora sent bien que le moment est venu de donner tous les coups de pieds qu’on peut dans les jambes du tyran. Londres, Stockholm, Francfort, Berlin, Le Caire, Rome, Washington DC, Milan, Addis Abeba, Tel-Aviv, et même à Paris : ils se sont montrés, visage nu et fier, pour la première fois de leur histoire, aux ambassades d’Erythrée barricadés derrière des flics apeurés, pour dire qu’ils en avaient assez et qu’ils n’ont plus peur. On peut bien sûr faire comme les petits fonctionnaires du ministère de l’Information, définitivement privés de leur chef Ali Abdou, et continuer de jouer la petite musique de la normalité. Mais il reste beaucoup trop de mystères dans ce conte de fées. Les loups dorment dans les buissons.

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