Eux aussi, encore eux

Les "Red Sea Boys" d'Erythrée

3 décembre 2012, Paris – Le gouvernement érythréen ne peut pas laisser sortir ses citoyens, même sous la surveillance de ses mouchards. Ils s’échappent, tous ou presque, à tout prix. Cette fois, c’est en Ouganda.

S’ajoutant à la longue liste de fugitifs qui traversent chaque jour clandestinement la frontière entre l’Erythrée et les pays voisins, dix-huit membres de l’équipe nationale de football érythréenne ont fait défection à Kampala, déjouant la surveillance de leur équipe d’encadrement pour demander la protection du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR).

Leurs familles étaient en contact avec eux, ainsi qu’avec mon amie Meron Estefanos. D’abord, dès samedi soir, treize joueurs ont sauté le pas, rejoints dimanche par quatre autres, ainsi que leur soigneur. Seuls deux joueurs, l’entraîneur des gardiens et le coach embarqueront donc mardi dans l’avion à destination d’Asmara. Dimanche soir, leur décision était irrévocable.

Au lendemain de leur défaite 2-0 contre le Rwanda et de leur élimination du Défi Tuskar de la CECAFA, un tournoi régional, la grande majorité des « Red Sea Boys » se font donc actuellement discrets, quelque part en ville, en attendant d’obtenir formellement le statut de réfugiés et un numéro d’immatriculation de l’ONU.

Une bande de mômes

Cette équipe ne jouera donc pas le match très attendu contre l’Ethiopie qui, en fin de compte, doit se dérouler dans quinze jours à Asmara, alors qu’elle était initialement prévue vendredi soir. Le coach, Telkit Negash, espérait faire des trois rencontres en Ouganda – contre Zanzibar, le Malawi et le Rwanda – une « phase préparatoire » pour son équipe, en vue de l’aller-retour contre les frères ennemis d’Ethiopie comptant pour le championnat d’Afrique des nations. C’est réussi.

Comme celle de 2007 en Angola et celles de 2009 au Kenya, sans bruit, à pas feutrés, l’équipe d’Erythrée dans sa quasi-totalité a disparu en quelques heures, à l’ombre, dans les collines fleuries de l’immense capitale ougandaise.

Une équipe ? Non. Une bande de mômes, tous adolescents ou presque. Maigres et musclés, décidés à quitter l’enfer du parti unique. Ils y étaient voués au service national à perpétuité, au bâillon et à la trique jusqu’à la cinquantaine, subissant la vie de serf ou de fille à soldat imposée par le gouvernement aux gamins d’Erythrée.

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