Sortir de notre isolement

2 novembre 2012, Paris – Il n’y a pas grand chose à ramener ces temps-ci de ce brouillard qui provient d’Erythrée, de cette fumée cryptique, de ce mirage qu’est devenu le pays. Il semble que tout le monde ait finit par admettre que les civils soient armés par le gouvernement, sans raison évidente.

En réaction à l’article que j’ai publié sur Slate Afrique la semaine dernière, et qui a circulé dans une traduction en anglais approximative sur des sites érythréens et éthiopiens, les partisans du régime s’offusquent : armer les seniors, et alors ? Cela, au moins, vaut confirmation.

A ce sujet, on me dit que l’édition en amharique du quotidien éthiopien Reporter, dans une évocation de la campagne de distribution de kalachnikov, aurait fait de moi un globe-trotteur qui tire l’essentiel de ses informations de ses nombreux voyages à Asmara et Keren. Voilà qui est absurde, et forcément dommageable. Je me souviens pourtant avoir rencontré des jeunes journalistes appliqués, lorsque j’avais visité la rédaction du journal il y a trois ans, conduit par son directeur Amare Aregawi au volant de sa vieille Mercedes rutilante. Comme tous les messages que j’envoie depuis quelques semaines pour m’extraire de l’infernale léthargie parisienne, mon démenti est resté sans réponse.

Ils bataillent pour sortir l’Erythrée de son isolement

C’est la loi du jour, j’imagine. Entre-temps, j’apprends chaque jour ou presque qu’Issayas et son clan envoient des signaux de toutes parts pour briser la camisole dans laquelle il se sont eux-mêmes enfermés. Il ont fait croire à leurs amis Sud-Soudanais qu’ils pourraient intercéder pour la paix avec l’Ethiopie, ce qui a provoqué les sarcasmes d’Addis-Abéba. Ils s’activent pour trouver des débouchés au Soudan à l’or de la mine de Bisha, leur vache à lait. Ils cherchent à réintégrer l’IGAD, en faisant les yeux doux au Kenya, après sa victoire sur les shabaabs à Kismayo. Ils bataillent pour sortir l’Erythrée de son isolement, en mobilisant leurs partisans dans la diaspora autour de la levée des sanctions qui étranglent le régime.

Pour l’heure, rien n’y fait. Et la vie à Asmara est de plus en plus difficile. Leurs AK-47 rangés dans les placards, les habitants font face à des pénuries d’eau, ce que même Eri-TV a fini par admettre, en reportant la faute, bien sûr, sur les chauffeurs de camion. Issayas, lui, fait la tournée des campagnes et reçoit les nouveaux ambassadeurs, les pauvres, comme si de rien n’était.

Pour ma part, à Paris, englué dans un emploi épuisant et sans intérêt, j’attends. J’attends de pouvoir trouver les moyens de retourner là-bas, aux frontières, m’assoir autour d’un café avec eux, ces Erythréens qui n’aiment rien tant que se quereller. J’essaye de convaincre quelques rédacteurs en chef, mais la place est prise, toutes les places sont prises. Tous en Syrie ! C’est le mot d’ordre. Il faut attendre et supporter d’être traité de tous les noms par les sbires du FPDJ, sans un rond, pour rien ou presque. Mais tout arrivera si vite, dit-on.

Une réflexion sur “Sortir de notre isolement

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s