Le jour des Lamentations

25 mai 2012, Paris – Avant-hier donc, mercredi 23 mai, les Erythréens errants des banlieues de Tel-Aviv sont tombés dans une embuscade tendue par la droite dure israélienne, la veille de la 21ème célébration de l’indépendance ratée de leur pays. Désormais, les cœurs des fugitifs qui croyaient avoir réussi à se réfugier sous la protection de la grande démocratie de la Méditerrannée orientale se sont glacés. Au comble d’une violente ignorance, un millier d’Israéliens fanatiques les ont attaqué. Un ministre important leur a craché dessus. La police a avoué son impuissance. Et pourtant, bien que d’une gravité extrême, cet épouvantable épisode dit beaucoup, mais ne résonne pas.

Des magasins ont été caillassées et volés, des voitures conduites par des Noirs ont été pourchassées.

Les faits, d’abord. Mercredi soir, une manifestation de protestation contre la « dangereuse » présence dans la banlieue populaire de HaTikva de milliers de réfugiés africains, surtout Erythréens et Soudanais, a dégénéré en violences xénophobes. Un millier de partisans de groupes de droite et d’extrême-droite a défilé en lançant des slogans racistes et imbéciles. Des magasins ont été caillassées et volés, des voitures conduites par des Noirs ont été pourchassées. Une député du Likoud a qualifié les pauvres bougres qui s’entassent dans ces cités de la misère de « cancer qui prolifère« . Le ministre de l’Intérieur, membre émiment du parti religieux Shass, a dit publiquement qu’il fallait « les mettre derrière les barreaux » avant de « les renvoyer chez eux« . Tant de crapuleries sont déjà en préparation, d’ailleurs… Un écœurement sans nuance. Le comportement de ces responsables politiques et de leurs séides est à vomir.

Le même jour, à Asmara, le président Issaias Afeworki a chaleureusement reçu son homologue soudanais Omar el-Béchir, pour assister avec lui aux parades et aux feux d’artifice de la célébration du 24 mai 1991 — le jour béni où les chars et les camions des combattants du FPLE sont entrés dans la capitale enfin libérée de l’Erythrée. Tout sourire, sur leurs trônes, avec la télévision. Des drapeaux, des fleurs, des coups de canon. Issaias enfin libéré de sa cirrhose a pu dire publiquement quelle réussite il incarnait. Tous ont acquiescé. Contredire, c’est les oubliettes des camps pénitentiaires.

Devant l’ambassade érythréenne à Tel-Aviv, quelques centaines d’Erythréens au cœur vaillant ont bien tenté simultanément de réveiller les consciences. Mais qui les écoute ? Et parmi eux, qui est puissant ?

L’écrasante banalité du mal

Rien n’a eu lieu que l’écrasante banalité du mal. Et en Israël, les enfants de l’Erythrée qui ont survécu aux mafias soudanaises et égyptiennes sont condamnés à faire des ménages en silence ou à vivre de larcins. Les courageux médecins israéliens, les humanistes militants, les braves gens qui fêtent la Pâque avec les Africains, ont été réduits dans un coin, coupables. La communauté américaine elle-même a été stupéfaite, consternée. En Israël et dans la diaspora, les Juifs sont divisés, en crise. Ceux qui aident et ceux qui détestent. L’ascendant, ici et là-bas, est aux plus brutaux.

Ainsi, à quelques milliers de kilomètres de distance, les fils et filles de l’Erythrée et leurs seigneurs psychotiques ont vécu leur petite tragédie oubliée, leur chant de lamentation solitaire. Et nous, au milieu de tout ça. Et moi, qui espère que la protestation aidera, sans vraiment savoir comment ou sans rien attendre.

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