Combat solitaire

eri100

22 octobre 2009, Paris. Je reprends de force le fil de ce blog et de mon essai après des mois de distraction et d’obligations et, entre-temps, l’Erythrée a commencé à changer de visage. Plusieurs amis journalistes m’ont appelé pour connaître mon sentiment, d’autres veulent enfin couvrir la situation dans le pays sans rien y connaître, d’autres encore reviennent après m’avoir poliment écouté, il y a de cela des semaines, finalement convaincus que quelque chose se trame sur les bords de la mer Rouge. Et moi, je réponds méthodiquement, en me répétant, alors même que je sens que leur curiosité et les moyens dont ils disposent fait filer mon livre entre mes doigts. Mais enfin, je réponds.

Des graffitis, dit-on, ont fait leur apparition sur les murs d’Asmara. « Issaias kidnappeur », « Issaias assassin » : ce qui aurait été inimaginable cet hiver encore est devenu une réalité. Des réfugiés retour du pays m’en avaient déjà parlé, au printemps, en Sicile. Des ministres expriment leur lassitude en privé. Des militaires de haut rang font défection à l’étranger. Un groupe clandestin extrêmement bien organisé, sans doute des officiers et quelques fonctionnaires, ont tenté d’assassiner le président cet été, après avoir volé son ordinateur portable dans son bureau. La présidence n’est plus inviolable. Des discussions avancées au sein du Conseil de sécurité de l’ONU évoquent des sanctions individuelles, après des semaines d’obstruction de quelques grands pays qui n’étaient convaincus par rien d’autre que l’utilité de leur indifférence. Je me suis du reste affronté verbalement, l’autre jour, à un fonctionnaire du ministère de la Défense qui s’obstinait à me soutenir qu’Issaias ne pensait pas ce qu’il dit, qu’il rêvait encore d’être ce grand Négus régnant sur l’Ethiopie et l’Erythrée que Meles Zenawi l’aurait empêché de devenir en 1991 et qu’il était protégé par son pouvoir de nuisance. Erreur d’analyse paralysante sur lequel le garçon semble revenir.

Je reviens, au fond, pour dire que le régime d’Issaias montre enfin de la faiblesse. Une fois de plus, les Erythréens libres auront mené leur combat seuls, oubliés de tous, comme ces desperados en sandales de l’ELF et l’EPLF qui ont écrit leur légende en souffrant mille morts.

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