Vivre avec lui

BELGIUM-EU-ERITREA-MICHEL-AFEWORKI

7 mai 2009, Paris. Je vis une étrange cohabitation depuis mon retour de Djibouti. Ma vie parisienne est parfois visitée par la présence méphistophélique d’Issaias Afeworki, avec qui je me suis mis à parler l’autre soir, comme pour le raisonner. Je l’interroge, je regarde des films sur la guerre d’indépendance, j’écoute sa voix feutrée. Depuis le maquis, son discours est parfaitement calibré : autosuffisance, « éducation des masses », marxisme ouvriers-et-paysans. Parole chinoise, mâtinée de maoïsme tiers-mondiste, apprise au collège militaire de Nanjing où il a passé deux ans, entre 1966 et 1967. Ces mots-là avaient quelque succès, chez les aventuriers des années 70 qu’il a séduit.

Je lis aussi les témoignages de ceux qui l’ont rencontré après l’indépendance. Leur stupéfaction devant le monstre froid qu’il est devenu, devant ses contradictions, le retournement de celui que beaucoup d’Erythréens en exil surnomment « DIA » (Dictator Issaias Afeworki). Peu de ses anciens amis croient réellement que sa crise de malaria cérébrale de 1998 soit à l’origine de sa métamorphose, mais tous évoquent cet épisode, ne serait-ce que pour le disqualifier. Il avait alors été transféré d’urgence dans un hôpital israélien, lui qui aujourd’hui s’est allié aux « mad mollahs » iraniens, à qui il a offert une base militaire à quarante kilomètres de la frontière de Djibouti et à l’entrée du Bab-el-Mandeb.

Je cherche, encore en vain pour l’instant, son « Rosebud ».

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