Des hommes opaques

sans-titre

1er mai 2009, Paris. Dans l’intervalle, ce regard est devenu glacial. Revenu en France, je tourne autour du deuxième chapitre des « Erythréens », qui doit être un portrait du président érythréen Issaias Afeworki, comme on pourrait tourner des années entières autour de ces deux visages, cherchant dans les yeux de cet homme le secret de sa cruauté, de sa métamorphose. J’ai toujours du mal à comprendre comment un être peut devenir aussi reptilien. Lorsque je voyage en Afrique, je pose souvent à mes amis journalistes la question de savoir comment tel chef d’Etat — petit professeur d’histoire ou dissident de toujours — a pu devenir un dictateur ou un assassin. La plupart du temps, leurs réponses ne me satisfont pas. Le pouvoir… L’ivresse du pouvoir… L’argent… Je ne parviens pas à comprendre comment une telle métamorphose, un tel oubli de soi et des autres, une telle négation peut être possible. Je n’éprouve et n’ai jamais rien éprouvé de tel. Je cherche le secret comme si je cherchais à savoir si, au fond, ils n’avaient pas raison, ces tueurs, supposant qu’il doit y avoir un Saint-Just ou un Caligula derrière eux, un rêve meurtrier mais formulable. Or, non, me dit-on. Comme Issaias Afeworki, ces hommes sont des murs noirs et nus pour moi.

Issaias… Il s’agit peut-être, simplement, de raconter sa vie et de dire à quoi il ressemble, ce jeune homme au visage doux et résolu, aux yeux noirs un peu effacés, devenu en trente ans cette brute alcoolique, paranoïaque et sans pitié.

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