Solitude dans la Corne

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24 avril 2009, Djibouti. Il faut bien que j’assume cette solitude, cette très profonde solitude dans laquelle je suis plongé depuis des semaines. Il faut bien que je l’apprivoise, puisqu’elle est le coeur de ma vie désormais. Le soir, sous les arcades, dans la nuit chaude, entre des tablées d’expatriés et de soldats perdus dans ce bout du monde étouffant, et alors même que tous les groupes électrogènes de la ville se sont soudain mis en branle, je me dis qu’au fond, tout cela représente exactement que je voulais. Mais, avec une honte épouvantable, je comprends que je voulais aussi que l’on m’y voie.

Je trimballe partout mes deux téléphones portables, mes cigarettes et mon carnet de notes. Dans les rues infectes, passant entre des palais arabes délabrés et des étals encombrés de bananes odorantes, je croise des imams somaliens à la barbe coquettement teinte en roux et des parachutistes français en short, fraîchement lavés. Au coucher du soleil, hier, sous un ciel rose et le criaillement des dizaines de corneilles qui survolent les acacias, un Djiboutien halluciné de qat, la bouche verte de feuilles, me prend la main et me propose « un massage thaïlandais ». J’éclate de rire, retire ma main et prend congé en lui faisant un signe négatif, de dos. Puis je vais m’asseoir devant une bière glacée, place Ménélik, pendant deux heures. Je n’ai presque plus de voix, à force de ne pas parler.

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