Incorrigible silence

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21 avril 2009, Addis-Abéba, soir. A midi, nous sommes montés sur la colline de Furi, à la sortie ouest d’Addis-Abéba, dans la grosse berline Toyota de Zerihun, pour inaugurer l’émetteur de sa radio dont l’achat a été rendu possible par l’argent que je lui ai trouvé. Dans la voiture, les deux employées coincées à l’arrière, Zerihun et Nolawi chantent à tour de rôle l’une des chansons de Telahun Gesesse qui hurle dans le poste. Après que nous avons traversé des forêts enchanteresses d’eucalyptus par un pierrier dangereux, nous arrivons sur le terre-plein qui domine la région. Deux soldats m’ordonnent sèchement de ne pas prendre en photo les installations de la radiotélévision et des télécommunications publiques posées sur le sommet de l’immense colline et dont le sabotage couperait le pays du monde.

En devisant, veillant aussi à ce que son photographe nous mitraille, Zerihun me prend par les épaules, me pose la main sur la cuisse et me pose des questions stupéfaites sur Arthur Rimbaud, alors que mon regard se perd tout l’après-midi entre l’immense plaine du pays oromo qui s’étend au nord et les gorges tranchées des deux chèvres qui sont dépecées pour le déjeuner.

J’ai le sentiment que mes « Erythréens » sont loin, très loin, dans une autre vie. Pourtant, je les sens bouger là, quelque part, dans cette fraternité que j’ai du mal à accepter, méfiant, silencieux, dans ces collines paisibles et somptueuses qui se taisent, comme moi, comme cet incorrigible moi.

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