Frères

p4200005

20 avril 2009, Addis-Abéba. Quitter Paris me procure depuis quelques mois toujours le même sentiment de nostalgie et d’appréhension, comme lorsque quittais la chaleur de mon lit pour partir à l’école. Cette étrange pensée au décollage : si je mourais maintenant, ce serait avec le sentiment de quelque chose d’inachevé. Je suis pourtant arrivé ce matin en Ethiopie le coeur silencieux. De retour au travail, en quelque sorte.

Abattu de sommeil, sous un ciel blanc, chaud et moite, nous sillonnons la ville, de rendez-vous en rendez-vous, avec Nolawi, dans ces vieilles Ladas bleues que sont les taxis d’Addis-Abéba. Nous passons la fin d’après-midi dans une antichambre violemment éclairée au néon de la grande maison-musée de Zerihun et Mimi, à mâcher du qat, boire du café et refaire le monde, assis sur des matelas. La nuit est tombée lorsque je prend congé, épuisé. En rentrant, les femmes enroulées dans des châles blancs et les hommes qui se tiennent par la main en avançant sur Bole Road plongée dans l’obscurité. Le soir, sur le balcon d’un restaurant, Nolawi m’avoue qu’il donne des cours de salsa deux fois par semaine.

Je suis en paix ici. J’attends. Ecrire « Les Erythréens », ici, a du sens. Et, du coup, l’écrire en France en a moins. Je ne sais plus d’où je viens. Tout se tait, comme si j’étais venu passer le week-end chez mon frère.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s