Au monastère

monastere

12 avril 2009, Bourdeaux. L’ennui, un onguent sur une plaie. Je dors dix heures chaque nuit pour raccourcir mes journées. Un rêve étrange, toujours le même, toutes les nuits. Je me réveille sans savoir où se trouve le réel. Je pense à ma vie de chat de gouttière à Paris. L’esprit est silencieux, le coeur s’épuise à suivre.

Et soudain, un matin, le premier chapitre est venu, évident. En trois jours, il est terminé, échappé de moi comme un noyau qui encombre la gorge et que l’on ne parvient à cracher qu’avec difficulté. L’écriture est une accoucheuse. Socrate a toujours raison.

Voici la première page :

Une femme épuisée lutte contre le coma qui s’approche, dans un trou de poussière niché au creux d’un vallon hanté par des acacias. Deux pans d’une montagne mauve noient dans leur ombre ce défilé balayé par un vent âcre et brûlant, entre Teseney et Girmayka. Un groupe de collines, de loin en loin, s’efface dans le brouillard orange. Derrière ces monstres couleur d’ardoise se trouve le Soudan, encore lointain, au-delà des forces de la femme. Ses lèvres sont empâtées par une croûte de terre séchée. Dans son t-shirt informe, sa poitrine bouge encore. Ses yeux roulent sous la peau de ses lourdes paupières. Posée dans le sable comme un galet, elle entend une voix appeler son nom.

« Senait ! Senait ! »

Mais elle rêve. Ou ne sait pas si elle rêve. Ces appels la retiennent. Le coma insiste pour l’aspirer, mais elle résiste parce qu’on l’appelle.

Ses jambes abîmées ne la soutenaient plus. Elle est tombée et, pour la première fois depuis deux semaines, a fermé les yeux. Ils marchent depuis deux jours dans les montagnes. Dans cette ornière de sable où s’engouffre le vent, elle s’est évanouie et se prépare à mourir, à une dizaine de kilomètres de la frontière.

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