Errance

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8 mars 2009, Rome. Longue, interminable promenade dans Rome ensoleillée pour un dimanche en famille.

Au coin du Corso et d’une petite rue, une jeune femme brune, au nez volontaire et rond qu’arborent les Romaines, vide les poubelles municipales, dans son uniforme fluorescent, sans rien exprimer d’autre que l’application d’une mère qui change son enfant. A mesure que la journée passe, je me rends compte que tous les éboueurs, à Rome, sont des femmes.

Je pense à ces Blancs frappés par le « virus » érythréen. Chacun a ses raisons. Dania, peut-être est-ce à force de déglutir avec dégoût l’Italie et ses lourdeurs. Et moi, pourquoi ? Parce que personne ne sait ce qui se passe, sans doute. C’est peut-être cela. Par amour des marges et du contre-pied. Je me secoue toute la journée, dans les rues obèses et sublimes de la capitale italienne, me rendant compte qu’à force, je me suis moi-même berné, leurré, comme Garrincha et ses faux élans soudain. Et je suis empêtré dans le doute de mes choix, avec l’irrépressible envie de laisser tomber les pudeurs diverses qui me retiennent et, finalement, d’écrire un livre sur moi. Alors, je ne le signerais pas.

Je m’arrête, de temps en temps, dans une rue, pour noter je ne sais trop quoi, qui me vient dans la main soudain, alors que j’écris à peine. Comme ceci, par exemple : « Le supplice de la baignoire qu’inflige une profonde solitude, comme celle qui maintient ma tête sous l’eau. Et ma résignation. Je ne voulais pas faire de ce voyage une introspection, mais une action. Trop tard, je suis pris au piège. » Et je ne parviens pas à « user du monde », à savourer la beauté de cette ville qui respire l’amour et l’intimité, jusque dans ses églises aux odeurs âcres d’encens. 

Au cours de ma promenade, peu avant treize heures, je tombe soudain, Via di Parione, derrière la Piazza Navona, sur un groupe d’Erythréens rassemblés à la sortie de l’église San Tommaso Apostolo in Parione. Des hommes en jean, des femmes portant, parfois, un léger voile de couleur sur les cheveux. Quelques nonnes, ici et là, discutent avec des hommes en blouson. Ce sont eux que je suis venu chercher et je passe, comme si de rien n’était, reconnaissant mes frères et mes ennemis.

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