Naples sous la pluie

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6 mars 2009, Naples. Première nuit agitée et morcelée, comme je m’y attendais, dans une profonde solitude et traversé par le passage incessant des fantômes de cet hiver épouvantable. Je suis accueilli avec une grande sollicitude par Dania et ses enfants, qui s’intéressent à moi, à cette étrange et inexplicable envie de faire ce livre que je ne vois pas encore, mais qui arrive, peu à peu. Sans doute sera-t-il marqué par ce sentiment d’être terriblement seul face à moi-même, par cette folie qui est la mienne depuis une trentaine d’années de vouloir partir et de vouloir sans cesse revenir, une fois loin de chez moi. La pluie continuelle qui s’abat sur Naples depuis mon arrivée, hier, force mon esprit dans ses retranchements, faisant revenir pêle-mêle les visages et les souvenirs dans un défilé morbide et pourtant serein, avec ce sourire qu’ont les revenants.

La belle maison de Dania est faite d’étages et de mezzanines, posée dans un jardin d’arbres fruitiers, face à la baie de Naples que le brouillard et la pluie masquent. Un bateau, de temps en temps, traverse l’horizon encombré par un enduit brumeux d’un gris très clair, laissant un sillon blanc pour signaler que la mer est là, face à nous, en contrebas. Personne dans la rue détrempée. Des cris, ou plutôt un appel, de temps en temps, résonne quelque part dans le quartier. Un voisin a perdu son chien. Pour le reste, c’est un terrible silence, ponctué par des gouttes qui claquent dans le lavabo ou qui tombent du toit de tuiles mouillées.

J’attends, comme on attend une délivrance, le signe que j’ai eu raison. Et dans cette attente, l’amour absent, qui revient me visiter comme une vieille dame que je connais depuis toujours, avec son peignoir d’ennui et d’infinie tristesse.

Je quitte Naples demain pour Rome, où je vais passer le week-end à travailler, avant de m’envoler pour la Sicile, lundi. J’imagine que cette ville que je connais et que j’aime, sous un soleil retrouvé, m’aidera à m’arracher enfin du coeur toute cette poussière et ce paquet de larmes qui encombre ma poitrine.

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